Le village, l’école et la designeuse

Crédit photo : Michel Ogier

Crédit photo : Michel Ogier

Un petit bourg de 400 habitants au coeur de la campagne bretonne s’est fédéré depuis 8 ans autour d’un projet architectural hors du commun. La requalification de son école primaire Le Blé en herbe portée par la designeuse Matali Crasset. 

Dans la cour du groupe scolaire de Trébédan, petit bourg breton de quatre cents âmes, près de Dinan (Côtes-d’Armor), de hautes structures de jeux en bois interpellent le regard. Greffés au bâti, ces polygones aux allures de montgolfières sont signés par Matali Crasset. Des « extensions de générosité » dans le langage imagée de l’artiste. Aussi improbable que cela puisse paraître, la designeuse vient d’achever la requalification de cette petite école rurale de trois classes où sont scolarisés une soixantaine d’enfants. L’architecte Mathieu Le Barzic a piloté le volet opérationnel.

L’aventure a commencé il y a huit ans sous l’impulsion de la directrice de l’école Nolwenn Guillou et de sa collègue enseignante Valérie Ronsoux. « Les locaux vétustes et exigus n’étaient plus adaptés pour accueillir une nouvelle population d’enfants », se souvient la jeune femme.

Pour le bourg, rénover cette école qui irrigue la vie sociale, c’est faire une promesse d’avenir. Un groupe (des élus, des habitants, des retraités, des parents d’élèves) se fédère alors autour du projet naissant avec un objectif fort de mutualisation des futurs bâtiments. Par l’intermédiaire du CAUE des Côtes-d’Armor, les enseignantes se saisissent du protocole des Nouveaux commanditaires. Initié par la fondation de France en 1993, ce dispositif permet à tout un chacun de passer une commande à un artiste. Un médiateur, en l’occurrence, l’association Eternal Network, vient en appui dans la démarche pour préciser le projet et établir le lien avec l’artiste. « Le choix s’est porté sur l’univers créatif de Matali Crasset car il faisait sens avec le monde de l’enfance et de la transmission. », note Éric Foucault d’Eternal Network.

« Le temps fait partie du projet »

Outre le soutien financier de la Fondation de France, la commune a bénéficié d’une dotation de l’Etat, du fonds européen Feder, du conseil général et d’une aide de la fondation Carasso. « Au vu des investissements importants – 1M d’euros-, nous avons privilégié un outil modulable qui puisse servir à tous », remarque Matali Crasset. Néanmoins la mise en commun des espaces n’a pas qu’une seule vocation économique, l’idée de partage étant un point fort du programme. « Ce projet matérialise quelque chose à l’oeuvre ici, à Trébédan. Un goût du vivre ensemble. L’école en est le pivot. C’est un réservoir d’optimisme qu’il fallait mettre à profit », poursuit la designeuse.

La mixité des usages se manifeste dans l’organisation des espaces notamment au niveau de l’extension prévue pour accueillir la cantine et la salle de motricité. Ce nouveau volume en béton largement vitré servira aussi de salle de partage, ouverte à tous les habitants du village. L’autre volume neuf qui lui répond de l’autre côté de la cour, abrite la troisième de salle de classe et un dortoir grand luxe, équipé de lits capsules imaginés par Matali Crasset. Il se prolonge par un second préau dédié aux jeux de glisse, les fameuses extensions de générosité et autres passerelles ou toboggans. Entre ces deux ailes, le corps du bâtiment initial et ses deux salles de classes ont été rénovés. Le choix technique s’est porté sur l’inclusion d’une boite autonome en ossature bois dans la maçonnerie du bâti traditionnel. Une option qui a permis d’atteindre les objectifs de performance thermique proche du passif souhaités. Un préau fluidifie la circulation, tel un trait d’union entre les parties neuves et rénovées.

Au-delà de l’architecture, le récit commun

Le CAUE 22 a déjà accompagné plusieurs protocoles des Nouveaux commanditaires : à Plougonver avec Claude Lévêque ou encore à Saint-Thélo avec Tadashi Kawamata. Le Blé en herbe ajoute une étape supplémentaire. Un parcours dans l’art et l’architecture se dessine peu à peu sur ce territoire rural. Tout au long du chantier, Nolwenn Guillou et Valérie Ronsoux ont associé les parents d’élèves, les habitants du bourg et les élèves autour de ce chantier « habité ». Le rêve d’école a pris forme grâce aux énergies locales. Et, c’est bien. L’aventure peut continuer.