La Pipistrello, 50 ans et toujours aussi lumineuse

Pipistrello Oro, Martinelli Luce.

Pipistrello Oro, Martinelli Luce.

Ses ailes blanches éclairent depuis 50 ans les intérieurs chics du monde entier. Créée en 1965 par l’architecte et designer Gae Aulenti, la lampe Pipistrello, – la pipistrelle, la chauve-souris- figure parmi les classiques du design. Intemporelle et indémodable, on ne saurait classer cette belle élégante, tout à la fois pop comme l’époque où elle fut dessinée, mais aussi totalement art déco avec son abat-jour blanc aux formes ondulantes qui évoque les ailes déployées de la chauve-souris. Pas de hasard à ces réminiscences stylistiques : sa créatrice revendiquait l’influence de la Sécession Viennoise… Editée par la firme italienne Martinelli Luce, la Pipistrello est un jeu de construction savant mais discret. Reposant sur une base en aluminium, un tube en métal télescopique en acier inox satiné permet de hisser l’appareil de 66 cm à 86 cm de hauteur. Le fameux abat-jour rigide en méthacrylate blanc opalescent, de 55 cm d’envergure, est vissé par un pommeau en métal peint, sorte de poignée qui facilite son transport… Réglable, le système d’éclairage par quatre sources lumineuses reste le même, mais les ampoules ont été remplacées par des Led ou de la basse-tension. Pour son 50e anniversaire, la Pipistrello se pare d’or (2 520 €). Une version inédite et limitée jusqu’en décembre 2015 vient compléter la gamme de coloris existants (noir brillant, blanc, pourpre, aluminium satiné, argent et cuivre).

 

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Un bâtiment, et plusieurs vies possibles

Faire du neuf avec du vieux. Le réemploi des matériaux et des bâtiments ne date pas d’hier. On se servait déjà de la pierre antique pour construire des ponts au Moyen-âge. Autre temps, autres crises, écologique et économique, la notion de recyclage urbain s’impose comme une évidence. Exit la tabula rasa de l’après-guerre. Le plan Voisin de Le Corbusier qui ambitionnait de raser le Paris haussmannien, nous apparaît comme une effrayante utopie.
Aujourd’hui, on ne détruit plus. L’urbain se recycle, la ville se reconstruit sur elle-même, par petites touches. Les urbanistes réparent, pansent, comblent. Symptomatique, on parle d’acupuncture voire d’orthopédie urbaine. Le bâti existant s’étoffe pour limiter l’artificialisation des terres agricoles et contenir l’étalement urbain. On met à profit les dents creuses, ces interstices urbains en friche. Les « cathédrales » de la société post-industrielle sont reprogrammées avec de nouveaux usages, bien souvent mixtes. Logements et équipements publics, lieux culturels et commerces, bureaux… L’exposition Un bâtiment, combien de vies ? à la Cité de l’architecture à Paris, montre combien l’acte de transformation  – souvent complexe techniquement -, nourrit la création architecturale comtemporaine. Francis Rambert, commissaire de l’exposition, commente ainsi trois exemples de reconversion marquants.

Architecte : OTH

Architecte : OTH

Le Kraanspoor, à Amsterdam. OTH Architecten, 2006-2007.
270 mètres de long, 13,50 mètres de haut : un monument portuaire de la ville que cet ancien chemin de roulement des grues datant de 1952. « Ce projet illustre le militantisme des architectes. La ville avait un projet de business park et voulait détruire cette infrastructure. L’agence OTH s’est battue pour que ce bâtiment qui faisait partie du paysage et du passé d’Amterdam, reste sur pied. Ils ont argumenté leur projet en soulignant le coût prohibif occasionné par une déconstruction. Ils ont eu gain de cause en proposant une réutilisation intelligente : le socle de béton supporte une nouvelle structure en acier recouverte d’une peau de verre. Le programme initial a été respecté : le Kraanspoor est bel et bien un immeuble de bureaux.»

L’alvéole 14, base des sous-marins, Saint-Nazaire. LIN architectes. 

Architecte : LIN

Architecte : LIN

« Les architectes ont transformé ici l’intransformable. Comment s’attaquer à cette ancienne base sous-marine réputée comme indestructible ? L’architecte Finn Geipel est intervenu de manière minimale, très fine sur la structure. Il aurait été beaucoup trop couteux de s’attaquer à cette masse de béton. En créant un plancher sur l’eau, une nappe lumineuse, des circulations, cette montagne dans la ville est devenue perméable. Réactivée, l’alvéole 14 muée en lieu culturel (salles des musiques actuelles et des formes émergentes) s’est ouverte au public. »

Architecte : MVRDV

Architecte : MVRDV

Gemini Residences-FrǾsilos, Copenhague. 2001-2005, MVRDV architectes.
« A Copenhague, lorsque le port s’est déplacé, la question de la reconquête de cette friche industrielle s’est posée. Parmi les bâtiments désaffectés, figuraient ces silos aveugles presque lugubres. A la brutalité de l’objet, MVRDV a répondu avec radicalité : plutôt que de percer les fûts, les architectes sont venus greffer l’habitat à l’extérieur de la carcasse, soit 84 logements. Le vide central a été transformé en lobby, espace de circulation, d’accueil. Les architectes ont fabriqué un bâtiment hybride qui s’oppose à une idée de la ville générique. On est là dans une métamorphose. »