Un gîte contemporain dans une ancienne cidrerie

Près de Rennes, cette reconversion réussie intègre des éléments du patrimoine rural à des espaces de vie contemporains. Quatre citernes à cidre en béton pas si faciles à caser.

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Dans la campagne de Brécé, petite commune rurale à l’est de Rennes, les maîtres d’ouvrage exploitent un élevage de brebis laitières en bio. Le site est occupé par plusieurs bâtiments dont un en pierre et en terre. À l’origine, un petit manoir du XVIe siècle en partie démoli. Constitué de plusieurs volumes ajoutés successivement au gré des époques et des usages, l’édifice actuel abrite quatre citernes à cidre en béton datant des années trente. Il est désaffecté depuis plusieurs décennies, donc en très mauvais état. Le couple décide néanmoins d’entreprendre sa reconversion en 2011. Attentifs à la conservation de ces éléments singuliers du patrimoine rural, ils choisissent de maintenir ces cuves carrées de 2,10 m de côté,  superposées par paire sous le pignon nord. La rénovation a pour objet de transformer la bâtisse en gîte rural confortable. Le chantier est confié à l’agence Briand-Renault (Rennes). « Nous avons pris le parti de conserver toutes les strates d’interventions sur le bâti. », notent les architectes…

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Y compris des reprises de maçonneries et une ancienne petite ouverture condamnée en façade. Les traces de son histoire restent lisibles. La vétusté de la construction contraint les architectes à déposer la charpente et la couverture en ardoises. Les murs en pierre de la partie centrale en façade ouest seront également démontés. En lieu et place, les architectes rapportent un module en ossature bois, bardé par des lames en pin douglas. Afin d’amener de la lumière naturelle, ils installent côté est, une fenêtre toute hauteur qui crée un accès complémentaire côté jardin. Cette ouverture, sorte de fente vitrée, donne à l’intérieur sur un couloir lumineux sous le faîtage. Surmonté d’une coursive à l’étage, cet espace de circulation répartit au rez-de-chaussée la pièce de vie à gauche et à droite les espaces techniques logés dans les anciennes cuves à cidre. Ces éléments imposants ont été transformés en cuisine et en abri de jardin. L’une d’entre elle a été percée par une ouverture. « En démontant l’un des murs intérieurs, nous avons découvert un “décor” sur les citernes : des inscriptions techniques et des graduations que nous avons conservées. », poursuivent-ils. Traités tous singulièrement, les trois volumes qui composent le bâtiment, séquencent les usages : la partie en terre (reprise à l’enduit chaux-chanvre) abrite deux chambres, la partie contemporaine en bois et pierre, la pièce de vie et la partie en pierre, les fameuses cuves… L’étage est occupé par un vaste espace nuit, « un dortoir comprenant quatre couchages ». Une petite passerelle conduit à un jardin d’hiver installé au-dessus des citernes sous une verrière. Pour rêvasser à toute heure sous le ciel.

Crédit photos Michel Ogier

Crédit photos Michel Ogier

Anne-Elisabeth BERTUCCI

Livraison : 2012

Surface : 157 m2

Coût : 210000 € TTC

Situation : Brécé (Ille-et-Vilaine)

Agence Briand-Renault architectes

5 rue de Lorgeril, 35000 Rennes.

Tel . 02 30 96 62 44

www.briand-renault.com

Renzo Piano : « Il faut construire pour une bonne raison »

Portrait Renzo Piano__crédit Stefano Goldberg

Renzo Piano crédit Stefano Goldberg

« Je suis architecte à 9h, ingénieur à 10h, artiste à 11h… ». Renzo Piano a le sens de la formule. Il sait apporter la bonne réponse à la question posée. À l’oral comme sur la planche à dessin. Pour preuve : prenez un à un les bâtiments qu’il a réalisés. Tous singuliers. Rares sont ceux qui ont mal vieilli. Piano écoute, cherche et propose une solution. Bien entouré d’une équipe de 150 partners (associés) et collaborateurs qui constituent les forces vives de son agence, le Renzo Piano Building Workshop (RPBW).
Ce fils de constructeur, originaire de Gênes, la ville port italienne, n’a jamais perdu de temps. Après un apprentissage auprès de grands noms de l’architecture tels que Jean Prouvé ou Louis Kahn, sa carrière démarre fort. Très fort. En 1971, à l’âge de 34 ans, il remporte en duo avec son compère de l’époque, le Britannique Richard Rodgers, le concours international pour la construction du centre Georges Pompidou à Paris. « On était vraiment jeunes. Quelle aventure ! Passer du travail de bureau à un tel projet ! », se souvient-il avec un enthousiasme intact.

Premières oeuvres.

Premières oeuvres.

Piano n’avait pour ainsi dire jamais construit avant Beaubourg. N’ayant fait jusqu’alors que « des gammes ». Des assemblages de modules de toitures légères et de parois en plastique tendues car des câbles d’acier. Les éléments de son futur vocabulaire. Aujourd’hui, l’homme à la silhouette longiligne et au chic italien impeccable est devenu une star. Il sait fendre la foule, avancer sans froisser en distribuant aimablement des poignées de mains, entouré d’une noria de fans et d’attachées de presse… Jusqu’au 29 février 2016, la cité de l’architecture à Paris consacre ses 50 ans de carrière par une exposition intitulée La Méthode Piano. Ravi par le choix des projets présentés (une quinzaine au total), il maestro apporte son commentaire au titre de la monographie. Selon lui, « cette méthode aurait plus à voir avec un processus de création qui irait du général au détail et du détail au général, comme me l’a appris mon maître, Jean Prouvé. Plutôt qu’avec la recherche d’un style »

La fondation Pathé Seydoux (2006-2014), Paris, 13e arr. trouve sa place derrière la façade d'un ancien théâtre, ornée par des sculptures de Rodin. Dans un espace très contraint, très étroit, Piano a imaginé une forme organique, quasi animale coiffée par une spectaculaire verrière au dernier étage et prolongée par un jardin minimaliste en fond de parcelle.

La fondation Pathé Seydoux (2006-2014), Paris, 13e arr. trouve sa place derrière la façade d’un ancien théâtre, ornée par des sculptures de Rodin. Dans un espace très contraint, étroit, Piano a imaginé une forme organique, quasi animale coiffée par une spectaculaire verrière au dernier étage et prolongée par un jardin minimaliste en fond de parcelle.

Néanmoins, des constantes marquent son travail : le goût de l’expérimentation, la quête de légèreté, une adaptation fine au contexte (climatique, social, patrimonial, géographique…) d’où découlent toujours ses choix techniques. On ne construit pas de la même manière au cœur d’un îlot urbain du XIIIe arrondissement parisien (la fondation Seydoux) et au bord du Pacifique sous les alizés de la Nouvelle-Calédonie (centre culturel Jean-Marie Djibaou à Nouméa). «  L’architecture est un métier de frontières qui associe l’art, la société, la technique, la science, l’invention. Il est impossible de donner « la » formule. Bâtir, c’est comprendre ce que les gens ont à dire. Et, c’est aussi l’art de raconter des histoires. »

Le centre culturel Jean-Marie Djibaou à Nouméa (1991-1998) se compose de dix bâtiments en bois d'iroko, de forme courbe en référence à la case traditionnelle mélanésienne. De hauteur différentes (de 20 à 28 mètres), ces coques d'apparence archaïque sont dotées d'un système de ventilation très étudié et néanmoins naturel.

Le centre culturel Jean-Marie Djibaou à Nouméa (1991-1998) se compose de dix bâtiments en bois d’iroko, de forme courbe en référence à la case traditionnelle mélanésienne. De hauteur différentes (de 20 à 28 mètres), ces coques d’apparence archaïque sont dotées d’un système de ventilation très étudié et néanmoins naturel.

Dessine-moi un arbre

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Photos Anne Caillet

Un crocodile dans une baignoire, un sujet de discorde, un décor ou un poumon vert…?
Tout est question de point de vue. Selon qui le regarde, l’arbre en ville peut prendre de bien nombreuses acceptions. Pour évoquer ce vaste thème du “végétal urbanisé” ou de “l’urbain verdurisé” comme disent nos amis belges, le paysagiste Thomas Schmutz  (Agence Aubépine) se met dans la peau de celui qui le regarde : l’urbaniste, le juriste, le promoteur, l’écolo, l’habitant, l’élagueur, etc. Ce parti-pris met en évidence toute la complexité d’un sujet bien plus polémique qu’il n’y parait. Afin de susciter le questionnement et d’amener le public à la réflexion, Thomas Schmutz utilise une drôle de maïeutique : le dessin. Un dessin humoristique, poétique ou schématique, peu importe, une image vaut parfois mieux qu’un long discours.

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Et ainsi les interrogations fusent : L’arbre dans l’espace public, qui le décide ? Pour quelles raisons ? Quelle est sa fonction ? Qui l’entretient et comment ? Un artéfact ou une nécessité ?

Au milieu de tous ces éléments de contradictions, un invariant demeure néanmoins. Et c’est bien là, le propos du paysagiste. Fermez donc les yeux et imaginez une ville sans arbre… On est bien d’accord : effrayant non ?

Prochains rendez-vous en février avec une nouvelle édition des cafés Archi et Paysage sur le thème : Auto-construction, quelle place pour l’architecte ?